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Ski St Hugues · Chartreuse 2026
Reportage · Journal

Emmener mes enfants sur leurs premières traces a ravivé mon plaisir du fond

Forêt enneigée au lever du jour avec trace de ski de fond, symbolisant le plaisir retrouvé en famille

Le froid piquait mes joues quand j’ai fermé les boucles des petits devant le Foyer Nordique de Saint-Hugues. Mes enfants ont posé leurs skis dans la trace fraîche, avec cette maladresse qui fait trembler les bras. Le bruit feutré des spatules sur la neige m’a prise de court. Je suis partie derrière eux sur une boucle courte, presque sans parler, juste avec le souffle qui montait. En les voyant chercher l’équilibre, j’ai été frappée par un détail simple : mon propre plaisir n’était plus le même.

Comment on en est arrivés là, entre contraintes et espoirs

Je skie plusieurs fois depuis des années, je vis en Chartreuse, et je suis la rédactrice du magazine Ski St Hugues. Cette fois-là, j’étais sûre de moi, un peu trop. J’avais même un doute sur notre capacité à tenir plus de vingt minutes sans pause. J’ai appris à regarder une piste, pas à courir après des records. Pourtant, je suis partie avec deux paires de skis d’enfant d’occasion, un sac qui coinçait et des gants de rechange. Mes enfants avaient 5 et 7 ans. Le plus petit tenait mal ses bâtons. L’autre regardait ses chaussures toutes les trente secondes.

Je ne cherchais pas la technique parfaite. Je voulais leur faire toucher la neige, sentir le petit pas alternatif, et voir s’ils aimaient le geste avant l’effort. Avec deux enfants, je savais que la séance ne serait pas celle que je fais seule à l’aube. Je m’attendais à quelques arrêts, pas au ballet complet du gant perdu, du lacet défait et de la moufle trop chaude. Je pensais tenir 45 minutes. En vrai, je me suis retrouvée à refaire les gants dehors, puis à serrer encore une fixation au bout du parking.

Avant de partir, j’avais vérifié le fartage la veille, sans être tranquille pour autant. La neige était froide au départ, puis plus lourde sous le soleil. Ce mélange me rendait hésitante. J’ai déjà vu une boucle tourner court pour moins que ça. Je savais qu’un appui flou décourage vite un enfant. J’avais aussi sous-estimé le temps perdu à enfiler les chaussures. Ce matin-là, je suis partie avec l’idée de faire simple. J’ai fini par lâcher l’affaire sur le rythme.

Les premières sorties, entre maladresses, pauses et petites victoires

Les premières sorties se sont faites sur la trace fraîche, juste après le damage. Là, mes skis glissaient proprement. Dans une piste déjà reprise, les pointes des petits accrochaient le bord du rail. Le son changeait aussitôt. Le frottement devenait plus sec, presque grinçant. Au premier virage serré, la spatule du plus jeune a plongé dans une neige un peu lourde en bord de piste. Il a basculé sans prévenir. J’ai dû revenir en arrière trois fois sur 280 mètres, puis encore sur 320 mètres. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Il a fallu gérer le reste. Un gant perdu sous le panier, un lacet à refaire, une moufle trop chaude qui a mis ma fille en larmes, puis le nez qui coulait dès le deuxième arrêt. Au bout de 12 minutes, on s’arrêtait déjà. Au bout de 15 minutes, je vérifiais encore les fixations. Mon plaisir, lui, était coupé en tranches. J’ai senti ma glisse se vider à force de repartir, de me retourner, de ramasser. J’ai eu du mal à rester présente sur mes appuis, parce que je passais mon temps à surveiller derrière moi.

Le premier vrai basculement est venu un peu plus tard. Mon fils a tenu 200 mètres sans croiser les skis, puis encore 180 mètres dans la trace. J’ai vu sa mâchoire se desserrer. Il regardait moins ses chaussures. Il levait enfin les yeux. Cette petite ligne droite m’a rendue presque silencieuse. J’ai été convaincue à ce moment-là que la sortie ne se jouait pas sur la longueur. Elle se jouait sur ce passage où l’enfant trouve l’axe et n’a plus besoin de lutter contre le rail.

Après ça, les mini-reliefs sont devenus nos meilleurs alliés. Une petite bosse, un faux plat, une descente douce sur la piste damée, et les deux riaient comme si c’était un jeu nouveau. J’ai fini par les suivre à leur tempo, avec des reprises de souffle plus courtes et des virages plus propres. Le silence m’a frappée aussi. Pas de bruit de carres. Pas de foule. Seulement les bâtons qui piquaient la neige et ce calme plat que je n’avais plus pris le temps d’écouter. Là, je me suis sentie revenir au fond.

Le jour où j’ai vraiment compris que mon plaisir avait changé

Un matin, la neige était froide et la piste fraîchement tracée. Mes enfants avançaient seuls, sans chute, sans râler. J’ai levé la tête pour de bon. Le frottement des skis était doux, presque discret. J’ai entendu le même silence que je cherche seule, mais il avait changé de couleur. Ce n’était plus ma séance. C’était leur sortie, et je m’y suis reconnue autrement.

Après cette sortie, j’ai commencé à faire autrement. Je n’ai plus cherché à caser ma séance en même temps que la leur. J’ai raccourci les boucles, choisi des portions plus plates, et gardé une allure lente pour que leurs appuis restent propres. Le fartage a changé aussi. Quand j’allais trop vite dans le choix du fart, les skis partaient ou collaient, et l’ambiance tournait vite. Là, avec une accroche mieux posée, le pas redevenait lisible. Mon plaisir, lui, est revenu par le détail.

Ce que j’ai appris en accompagnant mes enfants sur la trace

J’ai fini par noter trois choses simples sur ces sorties. Je les ai vues revenir à chaque départ un peu heurté. Rien de spectaculaire, juste des gestes qui changent tout au bout de dix minutes.

  • Des chaussures stables et des bâtons à la bonne taille, sinon l’enfant regarde ses pieds et perd ses appuis.
  • Une boucle courte, dans presque tous des cas 1 km, parce qu’au bout de 20 minutes l’énergie baisse d’un coup.
  • Un fart d’accroche ajusté à la neige du matin, sinon on entend ce petit bruit sec de la semelle qui bloque.

Mon erreur la plus nette, je l’ai faite un matin où j’étais sûre de moi. J’avais pris une boucle trop longue, presque 2 km, avec un retour un peu exposé au vent. Au bout de 25 minutes, mon fils a traîné ses bâtons derrière lui. Ma fille a commencé à s’asseoir dans la neige tous les 50 mètres. J’ai senti la séance glisser vers la traction mentale. J’ai raccourci trop tard. J’aurais dû faire demi-tour plus tôt, sans m’entêter à sauver la sortie.

Depuis, j’accepte mieux les sorties morcelées. par moments, je prends des raquettes pour le plus petit. par moments, c’est une luge sur une bande damée. par moments, on marche juste dans la neige. Ce n’est pas la même chose, et je ne mélange plus tout. Quand un enfant a froid aux mains ou aux pieds, je n’insiste pas. Si une douleur vraie apparaît, je laisse la place à un médecin. Moi, je ne sais pas tout.

Ce rythme a marché chez nous, mais je ne sais pas s’il tiendrait pareil avec des enfants plus grands ou plus téméraires. Chez nous, la bascule s’est faite quand j’ai accepté de compter les petites réussites, pas les kilomètres. Le plaisir revenait à mesure que je ralentissais, pas l’inverse.

Mon bilan, entre ce que je referais volontiers, et ce que non

Je suis rentrée de ces sorties avec une impression très nette. Mes appuis sont redevenus plus simples, presque plus propres, parce que je revenais au pas alternatif sans forcer. Le fond m’a rappelé sa vraie vitesse. Pas celle du chrono. Celle qui laisse le temps de lever la tête et de regarder la trace.

Je referais sans hésiter les préparatifs de la veille, les boucles courtes de 1 km, les pauses à chaque signe de fatigue, et le fartage vérifié avant de quitter Saint-Hugues. Je ne referais pas une sortie de 2 km avec l’idée de tenir jusqu’au bout, ni un départ sans gants de rechange. Une séance avec deux enfants me prend dans le principal des cas 1 h 30, par moments 2 h, même quand la piste semble courte. J’ai fini par l’accepter. Quand je repars du Foyer Nordique de Saint-Hugues, je sais maintenant que la sortie la plus courte est par moments celle qui reste.

Voir mon fils glisser droit dans la trace, sans croiser les skis, m’a rappelé que la glisse, c’est avant tout une histoire de confiance et de lenteur. Pour quelqu’un qui accepte de ralentir, de ramasser un gant et de repartir sans s’énerver, cette façon de skier garde un goût très juste. Moi, j’y ai retrouvé plus que des sorties familiales. J’y ai retrouvé un fond plus calme, plus simple, et je suis restée avec ça.

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